La Lancia Gamma avait tout pour réussir tant elle était pétrie de qualités mais deux événements sont venus briser sa carrière. Pour s’illustrer lors des rencontres de voitures anciennes, c’est pourtant une excellente proposition…
Lancia Gamma : son histoire
Présentée au salon de Genève en 1976 et lancée dès septembre de la même année, la berline italienne aux dimensions généreuses (longueur de 4.58 m, largeur de 1.73 m pour une hauteur de seulement 1.41 m) se fait immédiatement remarquée. Dessinée par le célèbre designer Pininfarina, sa ligne fait preuve d’une grande finesse, aidée par un moteur à plat (boxer) qui permet l’obtention d’un capot très bas. La face avant se veut statutaire tandis que l’arrière apparaît un peu moins réussi. La chute de pavillon rappelle quelque peu certains modèles emblématiques à l’aérodynamisme travaillé comme la Citroën CX, la plus rare Monica 560 ou encore la Rover SD1. On pourrait d’ailleurs croire qu’elle est dotée d’un hayon. Ce n’est malheureusement pas le cas, l’ouverture du coffre se faisant avec un modeste panneau à l’ouverture très réduite.

Malgré cette ligne plutôt réussie, l’accueil est assez mitigé du côté italien. Les grandes berlines ont moins la cote que par le passé. Il faut dire que le premier choc pétrolier est passé par là, provoquant la chute de nombreux modèles à fort gabarit, jugés trop gourmand en essence. Même Alain Delon n’est pas parvenu à lui faire de la pub malgré sa prise en main assez virile dans le film « Trois hommes à abattre »…

Une tenue de route réussie mais une tragique erreur de conception
Le travail des ingénieurs Lancia, propriété du groupe Fiat depuis 1969, a été particulièrement important sur les trains roulants. Et cela se voit sur la route. Avec un train avant très précis et réactif, un train arrière difficile à mettre en défaut, cette grande transalpine était capable d’en démontrer à pas mal de ses concurrentes de l’époque.
Côté motorisation, le choix s’est porté, non pas sur le bloc 3.2 L V6 de sa cousine la Fiat 130, mais sur un plus petit 4-cylindres 2.5 L développant 140 chevaux à la fiche technique intéressante puisqu’il s’agit d’un moteur Boxer. La Gamma 2500 (pour 2.5 L de cylindrée) a également eu une déclinaison moins puissante de 120 ch (baptisée 2000) uniquement vendue sur le marché italien, logiquement moins à-même de déplacer la belle dont le poids excède les 1300 kg (1340 kg à vide pour être exact).
Si cette version 2500 présente une sonorité assez quelconque et se montre un peu creuse à bas régime (l’apport de l’injection électronique en 1980 n’a rien changé), elle fait heureusement preuve d’une belle nervosité en haut du compte-tours. Les performances sont très correctes mais sans plus : le 0 à 100 km/h est réalisé en 10.5 s tandis que le 1000 m départ arrêté est terminé en 32 s.
Des chiffres moins flatteurs que ceux de la Fiat Ritmo Abarth au caractère bien trempé ou la Lancia Thema 8.32 motorisée par un V8 Ferrari, deux modèles de la même nationalité dont nous avons parlé il y a quelques temps…

Pour profiter pleinement de la belle santé du moteur, il faut donc le pousser un peu, ce qui a un impact non négligeable sur son appétit. Si la consommation moyenne tourne autour des 10L/100 km, elle peut monter bien au-delà…
Si le tableau semble jusque-là assez positif, le vrai problème, c’est le manque de fiabilité de ce pétillant bloc. En remplaçant l’habituelle chaîne de distribution par deux courroies crantées, Lancia a certainement commis la pire des erreurs.
Les ruptures de courroies sont devenues malheureusement habituelles à des kilométrages assez faibles provoquant d’inévitables casses moteur. En réalité, ce ne sont pas ces courroies à proprement dit qui sont en cause, le développement à l’économie a été à l’origine d’une erreur de conception : la courroie crantée qui entraîne la dite distribution du banc de cylindres gauche entraîne également la pompe de la direction assistée et, lors de démarrages par temps froid avec les roues braquées, elle peut tout simplement sauter et provoquer une salade de soupapes !

Lancia Gamma : les points à surveiller avant l’achat
Vous l’aurez compris, votre attention se portera avant tout sur la motorisation. Si Lancia a tenté l’installation d’un tensionneur de courroie afin d’éradiquer le problème, cela n’a pas été véritablement efficace. Certains spécialistes préconisent d’ailleurs de tout simplement déplacer la pompe de la direction assistée et de modifier son entraînement. Une modification mécanique qui n’est pas à la portée de tout le monde…
D’une manière générale, Lancia conseille de remplacer les courroies tous les 3 ans ou 50 000 km. En réalité, il est préférable de réaliser l’opération bien plus tôt. En effet, les lobes d’arbres ont tendance à s’user prématurément.
Le refroidissement peut également connaître quelques avaries. La pompe à eau est censée durer 10 ans mais il faut garder un œil sur son efficacité de façon régulière. Il est devenu quasiment impossible de dénicher une pièce neuve. Vous devrez donc vous porter sur le marché de la pièce d’occasion ou trouver une pompe reconditionnée.
Côté boîte, si la transmission mécanique à 5 rapports ne pose pas de vrais problèmes, la boîte automatique est une vraie catastrophe. A fuir !
Enfin, la rouille peut toucher plusieurs éléments en fonction de ses conditions de vie : les passages de roues, les bas de caisse, l’entourage des vitres et des feux, etc… Une vraie italienne me direz-vous, oui même si cette Gamma a toujours été moins concernée par ce fléau que ses congénères…

Quel prix en occasion ?
la cote de la Lancia Gamma 2500 se situe à l’heure actuelle à environ 6 000 €. Une voiture rare qu’il ne sera pas facile à trouver en France. Au total, ce sont à peine 15 000 Gamma berline qui ont été produites entre 1976 et 1984 et beaucoup ont terminé à la casse. Votre intérêt pourra également se porter sur l’étonnante (mais intéressante) version coupé lancée en 1977. mais là encore la production a été limitée : seulement 6 700 exemplaires.
En conclusion
Elle aurait pu avoir une jolie carrière mais sa conception bâclée l’a littéralement stoppée dans son élan. Lancée un peu tardivement, elle a aussi pâti d’une conjoncture économique difficile. Si ce modèle vous intéresse, il vous réclamera de nombreuses heures de recherche avant de tomber sur la perle rare mais au moins, vous participerez aux défilés d’anciennes et youngtimers au volant d’un véhicule que les autres participants n’auront pas…








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